Les sarkozystes de France Télévisions en veulent toujours à Joseph Tual

Joseph Tual (Photo DR)

Il n’y a pas que Valérie Trierweiler qui devrait se méfier de ses sorties sur Twitter.Un journaliste de France 3, Joseph Tual, se trouve lui aussi dans la tourmente après s’être un peu trop lâché sur le réseau social. Rappel des faits. Au soir du 6 mai 2012 et de l’élection de François Hollande, ce grand reporter de la rédaction nationale s’était un peu laissé aller contre la direction du groupe.

Dans ses tweets, Jospeh Tual invitait notamment le président de France Télévisions, Rémy Pflimlin, et son directeur de l’information, Thierry Thuillier, à « dégager ». Selon lui, l’élection du candidat socialiste sonnait le glas d’une équipe qui fut directement nommée par Nicolas Sarkozy.

Des propos très peu goûtés par ladite équipe, qui décide de sa mise à pied pour quinze jours, assortie d’éventuelles sanctions pouvant aller jusqu’au licenciement et d’une convocation devant un conseil de discipline.

Du jamais vu à France 3. Surtout quand on sait qui est Joseph Tual : militant CGT, premier syndicat de la chaîne, délégué du personnel, il a aussi été mêlé à l’affaire de la fameuse vidéo off de Nicolas Sarkozy lors du 19/20. Bref, un dur à cuire. En prenant ces mesures, la direction, qui veut asseoir son autorité face à une rédaction qui ne l’a jamais épargnée, sait très bien qu’elle engage un bras de fer avec la CGT. Dont la réplique ne se fait pas attendre : évoquant une « sanction disproportionnée » face à « une mauvaise blague potache », un préavis de grève est déposé pour le 8 juin – date prévue du conseil de discipline.

Mais trois jours avant, tout s’arrange. Après discussion avec la DRH, Joseph Tual se fend d’une lettre d’excuses. Chaque mot a bien sûr été savamment soupesé des deux côtés : « je reconnais ma maladresse et que mes tweets pouvaient être blessants et dénigrants, écrit-il. […] Je reconnais les griefs qui me sont faits et donc accepte la sanction qui m’a d’ores et déjà été infligée sous la forme d’une mise à pied […] » Un compromis qui lui permet de retrouver son poste la semaine suivante et d’éviter le conseil de discipline. La CGT lève son préavis de grève. Fin du premier épisode.

Mais hier, 13 juin 2012, badaboum. La direction de France Télévisons revient sur sa décision et convoque de nouveau l’instance disciplinaire. Le motif ?« L’organisation syndicale qui assure la défense de Joseph Tual [la CGT, donc, ndlr] ayant depuis communiqué sur le fait qu’en l’absence de réunion de la commission de discipline, il n’y avait ni sanction – pourtant acceptée par l’intéressé – ni inscription au dossier, la direction de France Télévisions décide de réunir cette commission de discipline afin de mettre un terme à toute ambiguïté concernant la sanction du journaliste », écrit la direction dans un communiqué. Bref, personne ne veut perdre la face. Et ça risque de tourner réellement vinaigre.

Car ici se joue bien plus que l’avenir d’un simple salarié. « L’affaire Tual » cristallise des rancœurs entre la rédaction d’une chaîne, où beaucoup s’estiment laissés-pour-compte, et une direction qui, sous la houlette de Thierry Thuillier, souhaiterait y mettre de l’ordre. « Thierry Thuillier consacre l’essentiel des moyens sur France 2, et nous, on doit faire avec les miettes, raconte un journaliste. On l’a bien vu pendant les élections présidentielles, où la Trois n’a que très peu existé. » La direction mène aussi à marche forcée la réforme – le passage à l’entreprise unique – voulue par Nicolas Sarkozy. Qui touche de plein fouet France 3 et ses 6 000 salariés (plus de la moitié de France Télévisions). Les fameuses synergies sont partout, et notamment dans la mise en commun de moyens techniques. La création d’un magasin unique de caméras à France 2 a été vécue comme un traumatisme par les salariés de France 3. Un mouvement qui précède d’après eux leur pire cauchemar : la fusion pure et simple des deux rédactions. Pas sûr qu’ils se trompent beaucoup.

Richard Sénéjoux (Télérama)

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Posté par le 15/06/2012. inséré dans Kiosque, Sliders. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés.

2 Commentaires pour “Les sarkozystes de France Télévisions en veulent toujours à Joseph Tual”

  1. Tual

    Cher Joseph,
    Nous avons appris le revirement de France Télévision vous concernant. Le Conseil de discipline auquel vous aviez été convoqué avait été annulé suite à votre lettre d’excuses aux personnes visées par vos tweets du 6 mai. Vous aviez cependant quand même subi une mise à pied sans solde (et sans motivation valide légalement).
    Mais suite à des documents et communications émanant de votre Syndicat et de la dite Direction, des personnes vraisemblablement compétentes, ou en tous cas officiellement responsables, ont jugé bon de vous convoquer de nouveau devant un Conseil de discipline. 
    De toutes parts à l’intérieur de votre entreprise on qualifie votre travail d’exemplaire. Des réserves de plus en plus nombreuses paraissent dans la Presse quant au « management »  des équipes à l’intérieur de France Télévision.
    De quel droit des cadres bafouent-ils donc ainsi le Code du Travail et les plus élémentaires notion de respect humain? Comment un service public d’information peut-il ainsi agir au mépris des procédures conventionnelles et de la plus simple correction?
    Les Indignés du PAF avaient été… indignés par la sanction excessive dont vous avez été victime il y a peu. Ils sont, cette fois, outrés par la manière qu’ont des personnes ayant autorité de chercher à vous humilier et à humilier par là-même l’Honneur de votre travail.
    D’une manière claire, nous ne resterons pas sans réagir à ce nouvel excès.
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    Les Indignés du PAF


    Les Indignés du PAF
    http://www.lesindignesdupaf.org

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