Syrie : deux journalistes occidentaux tués dans la ville meurtrie de Homs
Deux journalistes occidentaux ont été tués mercredi dans la ville rebelle de Homs en Syrie, dévastée par près de trois semaines de bombardements incessants des forces du régime et pour laquelle la communauté internationale tente d’acheminer une aide humanitaire urgente.
Les journalistes ont péri dans les bombardements qui ont touché un centre de presse improvisé par les militants antirégime dans le quartier de Baba Amr, principale cible du pilonnage, a indiqué le militant Omar Chaker sur place, contacté via Skype.
L’AFP ne donne pas leur identité dans l’immédiat en attendant que leurs employeurs et proches aient été prévenus.
« Trois ou quatre autres journalistes étrangers ont été blessés », a-t-il ajouté.
Si ces morts se confirment, le bilan des journalistes occidentaux tués par les violences en Syrie s’élèverait à trois depuis le début le 15 mars 2011 de la révolte populaire dont la répression a fait plus de 7.600 morts selon un nouveau bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
Le grand reporter, le Français Gilles Jacquier a été, le 11 janvier, le premier journaliste occidental tué en Syrie. Il a aussi péri à Homs, épicentre de la contestation, dans le centre du pays, lors d’un voyage autorisé par les autorités. Aucun témoin n’a pu établir si l’obus qui l’a tué avait été tiré par un rebelle ou l’armée.
Le régime du président Bachar al-Assad restreint drastiquement les mouvements des journalistes dans le pays et des journalistes y sont entrés clandestinement.
Homs, surnommée « capitale de la révolution » par les militants, est devenue le symbole de la répression menée par les forces de sécurité qui, cherchant à la faire plier, bombardent depuis le 4 février à l’artillerie lourde ses quartiers, faisant des centaines de morts.
La situation humanitaire y est devenue dramatique et les appels se sont faits très pressants, notamment du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui a appelé à des trêves quotidiennes de deux heures pour acheminer de l’aide humanitaire au plus vite en Syrie, notamment à Homs.
« A Homs et dans d’autres zones touchées, des familles entières sont bloquées chez elles depuis des journées, sans pouvoir sortir acheter du pain, d’autres vivres, de l’eau, ou accéder à des soins médicaux », a dit le président du CICR, Jakob Kellenberger.
Même la Russie, qui n’est pas prête de lâcher son allié syrien, s’est prononcée en faveur de l’appel CICR.
Le régime syrien n’a pas encore réagi publiquement à cette proposition.
Selon des militants à Homs, l’Armée syrienne libre (ASL), qui combat les forces du régime, tente d’y assurer nourriture et refuge aux milliers d’habitants de Baba Amr.
Mais selon l’un d’eux, Omar Chaker, la mission est assez compliquée car « les forces du régime tirent sur tout ce qui bouge. De notre côté, nous tentons aussi d’assurer un refuge aux gens dans les écoles et les mosquées ».
D’après Hadi Abdallah, un autre militant, « 90.000 personnes se trouvent encore à Baba Amr ». « Nous avons des stocks de nourriture dans les immeubles, mais plusieurs personnes ont été tuées en allant les chercher. C’est presque du suicide ».
« Nous n’avons ni électricité, ni mazout. Les gens ont très peur qu’il y ait un assaut. La situation est pire que quiconque puisse imaginer. Il n’y a même plus de farine. Le blocus est total », a dit M. Chaker.
Et selon l’OSDH, la situation risque d’empirer, un convoi de 56 chars et véhicules de transport de troupes ayant été vu mardi se dirigeant vers Homs, faisant craindre un assaut final à brève échéance.
Human Rights Watch (HRW), a affirmé que les forces gouvernementales utilisaient des mortiers russes de 240mm dans leur pilonnage de Homs, parlant d’une « arme très puissante ».
La révolte a aussi touché, mais dans une moindre mesure, la ville d’Alep (nord) et la capitale syrienne, où les troupes ont été déployées en force pour prévenir tout débordement.
Le régime refuse de reconnaître l’ampleur du soulèvement et attribue les violences à des groupes terroristes soutenus par l’étranger.
L’escalade survient à deux jours d’une conférence internationale sur la crise en Syrie vendredi à Tunis. Moscou a décidé de la boycotter et Pékin n’a pas encore donné de réponse. Ces deux pays avaient opposé leur veto à une condamnation de la répression au Conseil de sécurité de l’ONU.
Les représentants de plus de cinquante pays sont attendus à Tunis pour « adresser un message clair » au régime syrien, sommé de « cesser les tueries », et exhorter l’opposition à s’unir en vue d’une éventuelle future reconnaissance, selon les autorités.
AFP
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